• Film : Meurs, Monstre, Meurs


    Le dernier film d'Alejandro Fadel, plus connu en France depuis 2012 avec son film Los Salvajes qui fut sectionné à La semaine de la critique à Cannes, est désormais sur les écrans. "Meurs, monstre, meurs", puisque c'est son titre, a de quoi donner envie, que se soit à la vision de la bande-annonce comme à la lecture de son synopsis :
    Dans une région reculée de la Cordillère des Andes, le corps d’une femme est retrouvé décapité. L’officier de police rurale Cruz mène l’enquête. David, le mari de Francisca, amante de Cruz, est vite le principal suspect. Envoyé en hôpital psychiatrique, il y incrimine sans cesse les apparitions brutales et inexplicables d’un Monstre. Dès lors, Cruz s’entête sur une mystérieuse théorie impliquant des notions géométriques, les déplacements d’une bande de motards, et une voix intérieure, obsédante, qui répète comme un mantra : “Meurs, Monstre, Meurs”…
    Sortir de la séance de "Meurs, monstre, meurs" et découvrir que le film faisait partie de la sélection de Sitges, et ne pas être surpris : déviant, oppressant et sombre alors même que la moitié du film se déroule de jour et en extérieur, c'est la force du film de Fadel. Habité par des personnages torturés et tortueux, ce bout de terre au fin fond des Andes recèle des séquences vues rarement dans le cinéma récent.



    Si le point de vue de Cruz semble être une évidence vu le postulat vaguement policier du métrage, sa mise en scène passe d'un personnage à l'autre, avec une préférence pour le point de vue semi subjectif placé à une forte distance, doublé d'un mixage sonore très élaboré mélangeant nature, quelques signes de civilisation et des bruits indéfinissables que l'on assimile forcément au monstre du titre. 

    Mais avant d'aborder ce dernier, parlons du casting : Victor Lopez joue l'officier Cruz tout en retenue et en observation, dont la lente descente aux enfers à coup de victimes dans son entourage proche, de menace surnaturelle plus ou moins ouverte et les rapports ambigus avec celles et ceux qui restent font se questionner sur la nature même du mal qui rôde dans les montagnes. 



    Entouré du reste du casting, dont le jeu est tout aussi ambigu, à commencer par Tania Casciani et Esteban Bigliardi, dont les relations sont l'amorce de ce labyrinthe à base de géométrie, de jeu de miroir et de modus operandi de meurtres d'un côté et de l'autre du fleuve traversant la vallée où se déroule l'action. 

    Le fameux monstre, véritable cancer hantant la bande sonore avant d'hanter les images, est une réussite grâce à la conjugaison des talents de Mikros image et des équipes de maquillage, qui œuvrent aussi sur des effets live poisseux du plus bel effet, depuis les têtes décapitées jusqu'aux traces laissées par cet être chtonien sur le corps des survivants.



    Baigné dans une sublime photographie tantôt naturaliste, tantôt irréelle due à Julián Apezteguia et Manuel Rebella, "Meurs, monstre, meurs" déroule tant de pistes possibles durant sa première heure et demi que sa résolution semble presque trop évidente, trop facile... bien que la grande présence de symboles et de signes dans la mise en scène devra nécessiter une deuxième vision pour remplir certains blancs dû à la première découverte du film. 

    A la fois polar, film d'horreur, réflexion sur le féminicide, critique de la sur-médication et témoignage de la vie dans des lieux reculés, "Meurs, monstre, meurs" a plus à voir avec le dernier film de Jérémy Saulnier, "Aucun homme ni Dieu", qu'avec le film de genre de base que l'on peut trouver à tout les coins de rue. Vous voilà prévenus !  

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