Alan Taylor

Recette : comment Terminer une franchise en 6 étapes

15:21


Oui, nous avons vu Terminator Genysis. Non, nous n'avons (heureusement) pas payé grand-chose, fête du cinéma oblige. Nous comptions vous en faire une critique mais plus l'idée a germé, plus nous nous sommes dit que ça ne ferait qu'une brique de plus à empiler au monument des exécutions dédiées au métrage d'Alan Taylor.


Alors nous nous sommes dit que vous lister les plus horribles défaut du film pour en sortir un genre de manuel à l'usage de ceux qui désirent flinguer des franchises serait plus amusant. Vu ce que Madmoiselle Murieta en a pensé sur twitter, c'est moi qui m'y colle !



Oui, en photo, ça fait cheap, mais dans le film, c'est le meilleur moment.

1. Sucer la moelle des os

Après la tentative de clôturer l'arc pré-Judgment Day avec Rise of the Machines et celle d'aborder la guerre du futur avec Salvation, Skydance, qui a hérité des droits après une guerre d'enchères, s'est posé la question : que raconter ? Et surtout : avec qui ? Ne sachant quoi faire, c'est du vieux James que viendra la piste : la peau qui habille un Terminator peut vieillir, ce qui peut signer le retour de son vieux pote d'Arnie. Le reste est à inventer. Inventer ? La belle affaire !  

"Allez John, on va tous te mater dans la bubulle la teub à l'air, viens, ça va être fun !"

2. Garder la peau (au moins au début)

La première fausse bonne idée de ce cinquième film, c'est de se la jouer "temps parallèles" en insistant lourdement à chaque dialogue que tout ça n'est plus pareil, que c'est différent. On l'avait pourtant compris dès l'exécution en 1984 du T-800 original par Pops, joué par Arnie, sauf que vu la vieillesse des films auxquels fait référence ce Genysis s'est adjoint une peur que le public ne comprenne pas en quoi c'est différent, alors que le postulat joue explicitement sur cette connaissance du public... 

Car c'est dans ce Los Angeles qui ressemble à un rêve mouillé de chef décorateur fanatique de l'original qu'évoluent les personnages durant le premier tiers du film, ce qui nous donne la vague illusion d'évoquer une certaine qualité, alors même que tout ce qui nous est montré a déjà été fait il y a vingt ans, en mieux, que ce soit pour la mise en scène, le montage, le jeu d'acteur... difficile de se mesurer au pouvoir d'évocation des originaux, tant certains détails sont pénibles par leurs côtés débiles. 

Et ce dès le début du film, où l'on nous montre des camions conduits par des exosquelettes de terminators... qu'est-ce que c'est que cette idée ? Mais rien ne vous préparera au ridicule de voir Kyle Reese les couilles à l'air, flottant dans une bulle en gravité zéro, scruté par tous les militaires de l'opération apparemment en extase devant un tel spectacle...  

Oui, c'est arrivé. Et c'était fun, au moins.

3. Garnir aléatoirement

Si la première demi-heure du bousin est acceptable, elle atteint un climax assez sympathique avec un double affrontement entre deux T-800 et le T-1000 qui finit par être détruit par de l'acide, puis tout s'effondre. Tiraillé par le besoin de donner de l'urgence à un film qui n'en a plus dès ce moment-là, le personnage de Kyle Reese, devenu un plot device par ses visions du nouveau futur, chose justifiée par du technoblabla récité laconiquement par Arnie. Et ce n'est que la meilleure partie de la chose, Pops enjoignant Kyle et Sarah à copuler pour créer le sauveur de l'humanité sur un mode bien glauque.

Regardez attentivement cette image, car c'est la seule preuve d'une poursuite qui aurait pu être bien.

4. Assortir des tripes de dernier choix

Vous vous souvenez des idées à la con ? Celles qu'on a à treize ans et qui font de parfaits fantasmes de papier alimentant les pages des nombreux crossovers édités par Dark Horse, comme Batman VS Predator ou Terminator VS Alien VS Predator ? Ces bandes dessinées étaient parsemées d'idées géniales qui permettaient de faire tenir leur postulat pourtant très gratuit, ce qu in'est jamais le cas ici. Comment peut-on, honnêtement, alors qu'on a trente ans pour prévenir et empêcher l'apocalypse et l'aide d'un T-800, se sentir obligé de faire un saut dans le temps en 2017 à quelques jours du nouveau Jugement Dernier pour empêcher son déploiement ? 

Qu'est-ce qui a pu passer par les têtes de Patrick Lussier et Laeta Kalogridis pour faire valider un tel concept, qui dépasse de loin celui du méchant John Connor, qui justifie sa présence par le fait très logique qu'ils sont tous en dehors de la ligne temporelle, donc de la narration du film. Une manière bien meta d'invoquer l'impuissance même du film à se trouver une raison d'exister. 

Le déni et l’acceptation en une seule image. C'est fort, non ? 

5. Gribouiller l'étiquette de provenance

Je n'ai pas été très surpris de savoir que James Cameron ait aimé le film. Après tout, le gaillard a déjà aimé le très peu reluisant Albator - Corsaire de l'Espace et a dû trouver assez fun l'idée de jongler avec les probabilités temporelles... mais pas comme ça, enfin ! Au-delà du choix malheureux évoqué juste avant, il y a des références totalement aléatoires qui auraient pu s'avérer réjouissantes et qui sont irrémédiablement gâchées, comme l'elliptique poursuite motorisée entre le car scolaire et un méchant John Connor en moto, réduite à un putain de cut pour privilégier un climax navrant sur le Golden Gate de San Francisco.   

"Moi aussi je suis dans ce fiiiiilm !"

6. Servir froid

À film catastrophe, promotion catastrophe : le volet publicitaire du film aura été un désastre, fumant même la révélation d'un méchant John Connor dans une bande-annonce, comme si le film ne pouvait garder un peu  de mystère. De là, les carottes étaient cuites, rien ne pouvant survivre à de telles méthodes : ni les affiches lourdement photoshopées, ni la séance photo promotionnelle immonde pour Entertainment Weekly, ni l'ajout au casting de J.K. Simmons, dont on aurait souhaité qu'il mène le film de front avec Arnie, tant les deux acteurs sont vraiment tout ce qu'il y a à sauver de cet accident industriel.

Bilan : 

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